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De mon âme à ton âme

Résister à l'anesthésie du sensible 


"Qui ne pleure pas ne voit pas." Victor Hugo
"Ce qu'elles - les larmes - font jaillir[…], ce ne serait rien de moins que l’aletheia, la vérité des yeux." Jacques Derrida
"Pleurer, c'est être capable d'émotion, c'est être encore dans l'humanité." Sarah Kane

Cette série prend appui sur le visage comme lieu d’exposition de l’affect. Réalisés à l’encre et au pastel sur papier, parfois prolongés par l'emploi de feuilles d'or, ces visages volontairement dépersonnalisés, s’écartent du portrait pour chercher une intimité qui déborde l’individuel. Il ne s’agit pas de donner à voir une identité, mais de rendre perceptible un état de vulnérabilité partagé.

Le face-à-face y est central. Le regard, maintenu sans détour, engage directement le spectateur. Les larmes occupent dans ce travail une place essentielle : elles soustraient l’émotion à l’effacement et la maintiennent dans le champ du visible. Leur présence insiste sur ce qui, dans le monde contemporain, demeure difficile à soutenir malgré la place croissante accordée aux discours sur la santé mentale : l’exposition directe de l’affect.

Portées jusqu’à l’outrance, les larmes débordent et empêchent l’évitement. Elles font du visage non le lieu d’une confession, mais celui d’une confrontation. Lorsque certaines deviennent dorées, rien n’est réparé ni apaisé. La dorure ne referme pas la faille ; elle en souligne au contraire la persistance et inscrit l’émotion dans un processus de transformation. Le travail interroge ainsi ce qui, dans la fragilité même, résiste à l’anesthésie du sensible.

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